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Introduction au De Mente

Le De Deo envisage la nature des choses de manière générale et frontale (nature naturante et nature naturée), alors que la Partie II se consacre à un seul des aspects de cette réalité (nature naturée) : l’âme, et plus spécifiquement encore l’âme humaine.

Partie I : la nature des choses

Partie II : théorie générale de l’âme ; déduction de la nature de l’âme

Partie III : théorie générale de l’affectivité

Partie IV : étude de la condition humaine et de son aliénation constitutive

Partie V : exposé des voies de la libération qui s’offrent à l’homme

La Partie II est animée de 2 préoccupations fondamentales (Macherey, II) :

–       Déduit les caractères propres de la réalité mentale, comme ordre de réalité autonome, avec ses lois propres ; « les idées sont des choses matériellement existantes, non moins consistantes, dans l’ordre qui est le leur, que celles qui composent matériellement la nature étendue » (Macherey, II, 5)

–       Insiste sur le caractère dynamique de la réalité mentale, conçue comme une puissance dont la nature est inséparable de son activité. C’est surtout le processus de production de l’âme et de ses idées qui intéresse ici Spinoza. D’où le terme « origine » du titre : comment se produisent imagination, raison, connaissance intuitive (les formes ou modélisations , ou modalités d’effectuation de l’âme).

Le TRE avait déjà décrit les 4 modes de perception. Mais ici, on les retrouve sous la forme de leur production (≠ description) : comment se produisent en nous les différents genres de connaissance.

Passage de la Partie I à la Partie II – Préface à la Partie II

–       Il faut noter d’emblée le resserrement du champ de l’argumentation : la Partie II est consacrée à la considération d’une partie des effets de l’action divine (qui fait l’objet de la Partie I). cf. Préface : « non certes tout ce qui en a dû suivre (…) mais seulement… »

En effet on pourrait énoncer toute une encyclopédie à la suite de Ethique I : physique, morale, politique, etc.

Spinoza choisit de sélectionner : il ne rédige pas une « philosophie » au sens le plus large, mais une Ethique (béatitude de l’âme humaine); l’homme et sa béatitude.

En fait, les 13 premières propositions ne concerneront pas encore l’homme uniquement : réductions successives dans le cours de la Partie II.

Matheron : il n’y a pas d’anthropologie spinoziste au sens strict; aucune définition de ce mode qu’est l’homme.

–       continuation de la Partie I : la nature de l’âme est déduite de la nature divine

–       en même temps réorientation : il s’agit de nous « conduire » désormais vers la connaissance de l’âme humaine et surtout de sa « béatitude » : l’enjeu éthique (et donc, en un sens, orienté vers une fin…) apparaît explicitement. On est ici très proche de l’enjeu posé dans les premières pages du TRE (recherche du « souverain bien »).

–       « comme par la main » : tout le parcours nécessaire et continu des Livres II à V de l’Ethique.

Macherey (II, 9-10) : il y a quelque chose de paradoxal voire de « choquant » à voir Spinoza s’engager ici dans la « préoccupation sélective de certaines fins » (la béatitude de l’esprit humain), juste après avoir développée une critique radicale de tout finalisme, en particulier dans l’Appendice de la Partie I.

Macherey y voit l’effort proprement spinoziste « en vue de réconcilier le rationnel et l’affectif » (10).

Le terme de « mens »

L’un des termes les plus utilisés dans l’Ethique : 590 occurrences.

Pas vraiment de traduction satisfaisante.

Anima : très rare dans l’Ethique ; animus, 74 occ. (mais seulement 5 dans la partie II), souvent traduit par « esprit ».

Pautrat traduit « mens » par « esprit », et « animus » par « âme » (cf. par ex. E, II, ax. 3)

Pour Macherey, « mens » désigne plutôt quelque chose comme « le mental », ou « le psychique », ou « le psychisme » voire « l’appareil psychique » : la réalité mentale et ses affections ou modes.

L’âme dont il est question n’est pas spécialement humaine : au contraire, l’âme humaine n’est qu’un mode parmi d’autres de la réalité mentale générale, privée de toute valeur substantielle, une chose naturelle à côté des autres.

Pourquoi pas De natura et origine mentis et corporis ?

En effet, plusieurs passages consacré aux corps sont intégrés à cette Partie II : Déf. I, Prop. XIII.

L’étude du corps est par principe et nécessairement concordante, « parallèle », simultanée à celle de l’âme : la nature de l’âme est d’être « idée du corps » (E, II, prop. 13). La connaissance du corps est impliquée dans celle de l’âme.

Cependant, la béatitude qu’il s’agit de définir et d’atteindre est bien celle de l’âme humaine – c’est à l’âme qu’elle se présente comme un objet de connaissance et de recherche : l’éthique se décide d’abord sur le plan de la pensée -, et même s’il est certain qu’elle doit aussi concerner le corps, le point de vue privilégié est celui de la réalité psychique.

Pour Macherey, il y a même là une « ambivalence » dans la présence de la question du corps chez Spinoza : à la fois omniprésente, mais comme en pointillés, en réserve… (14).

Retour sur l’héritage cartésien du “problème de l’âme et du corps”.

La physique seule explique les lois de l’étendue : autonomie de l’étendue par rapport au psychique; pbme : comment rendre compte à la fois de la distinction de l’âme et du corps, et en même temps des phénomènes liés à l’union de l’âme et du corps.

Ce problème donne lieu à différentes solutions chez les cartésiens.

La 2e partie de l’Ethique sert à approcher de la solution spinozienne de ces problèmes.

Le terme « mens » concentre ces problèmes, à lui tout seul : à la fois pbmes épistémologiques (2e partie), affectifs (3e partie) et éthiques (4e et 5e parties).

Structure et plan général de la partie II

Pas de préface, mais plutôt une brève mise en garde.

Pas d’Appendice, mais de très longs scolies, commentant les derniers théorèmes (qui servent en quelque sorte de postface).

–       7 définitions (idées et corps)

–       5 axiomes (essence humaine)

–       49 propositions

  • 1-13 : déduction de l’âme humaine à partir de la substance pensante -> définition de l’âme comme « idée d’un corps existant en acte » ; on s’approche petit à petit de cet être particulier formé d’une âme et d’un corps. (Corollaire de la prop. 13).
  • « Petite physique » (entre 13 et 14)
  • 14-47 : Puissance de l’âme humaine = les différents genres de connaissance
  • 47-49 : identité de la volonté et de l’intellect (forme unique d’activité, production d’idées : pas de facultés distinctes)

2 commentaires

  1. MMe H'A' Bijleveld a écrit:

    Pourriez- vous avoir la gentillesse de m’indiquer si Spinoza faisait une distinction entre l’âme, l’esprit, la conscience et la conscience de soi?
    La notion de l’âme me semble assez floue.
    Quel sens à donner au mot ‘âme’ hors du contexte religieux, malgré toutes les expressions existentes’

    Je vous remercie d’avance de votre réponse.
    H.Bijleveld

    dimanche 19 avril 2015 at 19 h 33 min | Permalink
  2. admin a écrit:

    Pour comprendre ce que Spinoza désigne par « âme » (mens, en latin), il faut se reporter principalement à la partie II de l’Ethique.
    De manière fondamentale, l’âme est « l’idée d’une chose singulière existant en acte ». En ce sens, on est très loin du concept monothéiste d’âme, et on peut dire alors que pour Spinoza toute chose existante a ou est une « âme » (en ce sens qu’a tout corps existant correspond une idée en Dieu).
    Sur ce point, cf. en particulier cet article : http://spinoza.fr/lecture-des-propositions-viii-a-xiii-du-de-mente/ (notamment : commentaire de la prop. 13)
    A partir de là, il est possible d’introduire des distinctions nouvelles : toute « âme » ainsi définie n’est pas nécessairement conscience, ni conscience de soi. Seules certaines âmes (dans la mesure où elles sont les idées de corps plus complexes) produisent des idées d’idées et des idées de l’idée qu’elles sont.
    JG

    lundi 13 juillet 2015 at 11 h 03 min | Permalink

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