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Lettre IX à Simon de Vries – sur les définitions

Quant aux questions proposées dans votre collège (dont la règle me paraît sagement instituée), je vois que vous êtes arrêtés parce que vous ne distinguez pas entre les genres de définitions. Je veux dire entre une définition s’appliquant à une chose dont on recherche seulement l’essence et une définition que l’on pose pour être seulement examinée. La première sorte de définition, parce qu’elle a un objet déterminé, doit être vraie ; il n’en est pas de même de la deuxième sorte. Par exemple, si l’on me demande une description du temple de Salomon, je devrai en donner une description vraie, à moins que je ne veuille plaisanter. Mais si j’ai tracé dans mon esprit le plan d’un temple que je désire édifier et si, de la description de ce temple, je conclus que j’ai besoin de tel fonds de terre, qu’il me faut acheter tant de milliers de pierres et d’autres matériaux, une personne saine d’esprit me dira-t-elle jamais que la conclusion est mauvaise, parce que j’ai usé d’une définition fausse ? Quelqu’un exigera-t-il de moi que je prouve la vérité de ma définition ? Ce serait me dire que je n’ai pas conçu ce que j’ai conçu, ou exiger de moi que je prouve que j’ai conçu ce que j’ai conçu ; ce sont là des sornettes. Ainsi, ou bien ma définition fait connaître une chose telle qu’elle est hors de l’entendement et alors elle doit être vraie et ne diffère pas d’une proposition ou d’un axiome, sauf en ce que la définition s’applique seulement aux essences des choses ou des affections des choses, tandis que l’axiome a une extension plus grande comprenant les vérités éternelles. Ou bien une définition fait connaître une chose telle qu’elle est conçue par nous ou peut l’être. En pareil cas, une définition diffère d’un axiome et d’une proposition en ce qu’on doit exiger seulement qu’elle soit conçue absolument et non, à la manière d’un axiome, comme une vérité. Une mauvaise définition est donc une définition qui ne se conçoit pas. Pour le faire entendre, je prendrai l’exemple de Borelli : deux lignes droites enfermant un espace sont dites lignes formant une figure. Si, quand on a parlé ainsi, on entend par ligne droite ce que tous entendent par ligne courbe, la définition est bonne (on entendrait par cette définition une figure telle que ( ) ou d’autres semblables), pourvu que par la suite on n’entende pas des carrés ou d’autres figures. Mais si par ligne droite on entend ce que l’on entend communément, la chose est entièrement inconcevable et il n’y a donc point de définition. Tout cela est confondu par Borelli dont vous êtes disposés à admettre l’opinion. J’ajoute un autre exemple, celui que vous proposez vers la fin. Si je dis que chaque substance n’a qu’un seul attribut, c’est une simple proposition et une démonstration est nécessaire. Mais si je dis : j’entends par substance ce qui se compose d’un attribut unique, la définition sera bonne, pourvu qu’ensuite les choses composées de plusieurs attributs soient désignées par un nom autre que celui de substance.

Spinoza, Lettre IX à Simon de Vries, 1663.