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Introduction au De Servitute

Ethique IV marque, dans l’Ethique, un double tournant, anthropologique et surtout éthique et « normatif » : il s’agit maintenant de déterminer un « modèle » de vie humaine (référence explicite à l’humain dans les titres des parties IV et V) et de juger les affects à l’égard de ce modèle, en fonction de ce qu’ils ont de « bien » et de « mal », d’utile et de nuisible. La Préface précisera : « former une idée de l’homme à titre de modèle de la nature humaine que nous puissions avoir en vue ».

Ethique III a étudié de manière neutre les mécanismes objectifs de production des affects en général (nature et origine) : Ethique IV va, sur cette base, élaborer une certaine évaluation des affects, en fonction de leurs « forces » et de leur utilité pour l’homme, en ayant en vue la définition et la réalisation d’un certain modèle de la nature humaine (direction prolongée par Ethique V).

Ce changement de registre – qui introduit une dimension « finale » et normative  – peut surprendre : les notions de « fin » et de « bien/mal » ayant été fermement tenues à l’écart et radicalement critiquées – comme de simples « manières d’imaginer » – dans les 3 premières parties de l’Ethique.

D’un autre côté, la visée éthique et pragmatique de l’ouvrage (cf. son titre, notamment), implique par elle-même la référence à quelque « fin », à quelque « bien » qu’il doit être « possible » d’approcher ou d’atteindre par des « moyens » déterminables rationnellement.

A certaines conditions, qui seront de suite précisées, il sera donc fait usage de ces notions, à titre opératoire, dans les deux dernières parties de l’Ethique.

Moreau : Spinoza ne reproche pas aux autres discours sur les affects de procéder à une évaluation des affects – il y procèdera lui-même -, mais de s’y engager avant de les avoir étudiés objectivement (nature et origine) et sans préciser les conditions de légitimité d’une telle évaluation.

Le scolie de la proposition 17 du De Servitute définira et justifiera ainsi la démarche de Spinoza dans les deux dernières parties de l’Ethique : « il est nécessaire de connaître tant l’impuissance que la puissance de notre nature, afin que nous puissions déterminer ce que peut la Raison et ce qu’elle ne peut pas pour le gouvernement des affections ; et, j’ai dit que dans cette Partie je traiterai seulement de l’impuissance de l’homme. Car j’ai résolu de traiter séparément de la puissance de la Raison sur les affections ».

La « servitude humaine » est la condition naturelle des hommes et a pour cause la « force des affects » et son corollaire, leur « impuissance » à les maîtriser et les contrarier : par là, l’homme vit d’abord et le plus souvent soumis à la « fortune » (c’est-à-dire aux causes extérieures), non « sous l’autorité de lui-même », ce qui le conduit souvent à faire le « pire » alors même qu’il voit le « meilleur », c’est-à-dire d’agir contre ses intérêts.

Toutefois, il ne faut pas opposer « servitude » et « liberté », ni la 4e à la 5e partie, comme des absolus, dans la mesure où il y a entre elles une forme de continuité et de relativité : l’ensemble des parties 4 et 5 décrivent un processus de libération progressive.

Spécificité du De Servitute : la 4e partie « n’envisage cette libération qu’au sein même de la situation où nous placent affections et sentiments, à l’intérieur de l’enchainement infini des causes et des effets qui constitue le facies totius universi » (Fraisse, 203).

Plan général

Préface

8 Définitions

1 Axiome

Prop. 1-37 – la force des affects comme cause de la servitude des hommes

Prop. 38-66 – interventions possibles dans les mécanismes de la vie affective

Prop. 67-73 – en quoi consisterait la vie d’un homme libre (modèle abstrait)

Appendice