- spinoza.fr - http://spinoza.fr -

Court Traité, I, Chap. VIII et IX – nature naturante et nature naturée

Chapitre VIII

De la Nature naturante

Avant de passer à quelque autre sujet, nous diviserons maintenant brièvement la Nature totale, savoir en Nature naturante et Nature naturée.

Par Nature naturante nous entendons un être que par lui-même, sans avoir besoin d’aucune autre chose que lui-même (tels les attributs que nous ayons jusqu’ici signalés), nous concevons clairement et distinctement, lequel être est Dieu. De même aussi les Thomistes ont entendu Dieu par là ; toutefois leur Nature naturante était un être (ainsi l’appelaient-ils) extérieur à toutes substances.

Quant à la Nature naturée, nous la diviserons en deux, une universelle et l’autre particulière. L’universelle se compose de tous les modes qui dépendent immédiatement de Dieu ; nous en traiterons dans le chapitre suivant. La particulière se compose de toutes les choses particulières qui sont causées par les modes universels. De sorte que la Nature naturée, pour être bien conçue, a besoin de quelque substance.

Chapitre IX

De la Nature naturée

(1) Pour ce qui touche maintenant la Nature naturée universelle ou les modes ou créatures qui dépendent immédiatement de Dieu ou sont créés immédiatement par lui, nous n’en connaissons pas plus de deux, savoir le mouvement dans la matière et l’entendement dans la chose pensante [1]. Desquels nous disons qu’ils ont été de toute éternité, et resteront immuables dans toute l’éternité. Œuvre aussi grande vraiment qu’il convenait à la grandeur de l’ouvrier.

(2) Pour ce qui concerne le Mouvement en particulier, comme il appartient plus proprement à ceux qui traitent de la science de la Nature qu’à nous ici d’expliquer comment il se fait qu’il a été de toute éternité et doit demeurer immuable dans l’éternité, qu’il est infini en son genre, qu’il ne peut exister ni être conçu par lui-même, mais seulement par le moyen de l’étendue, de tout cela, dis-je, nous ne traiterons pas ici, mais nous en dirons seulement qu’il est un Fils, un Ouvrage, ou un Effet immédiatement créé par lui.

(3) Concernant l’Entendement dans la chose pensante, il est aussi bien un Fils, un Ouvrage, ou une Créature immédiate de Dieu, créée de toute éternité et demeurant immuable dans l’éternité.

Il a pour seule propriété de tout percevoir clairement et distinctement en tout temps ; d’où naît une immuable jouissance infinie ou parfaite qui ne peut omettre de faire ce qu’elle fait. Et bien que cela soit déjà assez clair par soi-même, nous le démontrerons encore plus clairement en traitant des affections de l’Âme, et c’est pourquoi nous n’en dirons ici pas davantage.

Spinoza, Court Traité, I, chap. VIII et IX, trad.. Appuhn.